Film Club de Cannes

L'Asie, un vieux continent...

...riche d'avenir

Espace Miramar 6 novembre 1998 19 heures 45

Broken Silence

Suisse-allemand (1h46). Réalisation et scénario: Wolfgang Panzer, Image: Wolfgang Panzer et Edwin Horak. Montage: Claudio di Mauro. Musique: Filippo Trecca. Son: Dieter Meyer.

Avec: Martin Hubert (Fried Adelph), Ameenah Kaplan (Ashaela), Michael Moriarty (Père Mulligan), Colonel Kapoor (Directeur de l'immigration indienne).

Ce pourrait être tiré d'une nouvelle d'un écrivain anglais de l'entre-deux-guerres, épris des Indes et de mysticisme. Relevé de ses voeux de silence, un jeune moine est envoyé par son ordre en Indonésie pour empêcher la vente d'un monastère. Dans l'avion, sa voisine, une jeune Noire américaine, le prend en sympathie. Ce qui ne l'empêche pas, une fois à Delhi, de lui piquer son argent. Avant de décider de lui venir en aide... Commence un voyage plein de péripéties à travers le sous-continent indien, puis à Java, au cours duquel l'homme de Dieu et la petite délinquante vont apprendre à se connaître et à s'apprécier. Ce film singulier a fait en Allemagne et en Suisse un tabac inattendu. Le risque était grand, avec un tel sujet, de dériver en pente douce vers la mièvrerie. Mais une sorte de grâce transfigure le récit qui, dans ses meilleurs moments - la scène des voyageurs dormant à la belle étoile, soudain entourés de musiciens venus du fin fond de la nuit -, fait songer au Fleuve, de Jean Renoir. Wolfgang Panzer exalte des paysages en étroite harmonie avec l'homme et dépouille de tout poncif des personnages au départ ultra typés. Le film est construit en flash-back: le moine se confesse à un prêtre, et le récit de ses pérégrinations apparaît en vidéo. Le tremblé de l'image semble alors traduire un trouble existentiel: les souvenirs de ce temps affleurent où, pour la première fois de sa vie, le moine s'est trouvé en mal de repères. Loin d'être artificiel, ce procédé est à l'image du film: d'une simplicité qui va droit au cour.

 Joshka Schildlow- TRA 2510

A New-York, le Père Mulligan s'apprête à quitter le confessionnal de son église, rappelé à l'ordre par son téléphone cellulaire, pour honorer l'invitation de l'Évêque. La confession du père Fried le retiendra toute la soirée. Ce chartreux, qui avait fait voeu de vivre dans le silence et la rigueur de son ordre, a besoin de raconter son histoire, sa rencontre, son voyage. Choisi par ses pairs pour se rendre jusqu'en Indonésie, il doit obtenir d'une vieille femme qu'elle signe l'acte de propriété qui sauvera leur couvent.

Dans l'avion, il fait la connaissance d'Ashaela, une jeune américaine partie à l'aventure. Après lui avoir volé son argent, elle lui propose de lui venir en aide et subvient à tous ses besoins. Expansive et volubile elle attire peu à peu le Père Fried vers le monde de la parole et de la vie, vers l'autre. Leur amitié grandit en même temps que leur aventure continue. Ils sillonnent les routes du pays, partageant leurs quêtes.

Imprudente, Ashaela contracte une maladie qui les immobilise quelques jours. Elle en profite pour confier son lourd secret à Fried: atteinte d'une maladie génétique incurable et héréditaire, elle se sait condamnée. Elle est venue en Inde attendre la mort. Ensemble ils atteindront leur but, après une longue et dernière expédition.

Riche en émotions, cette aventure humaine retrace la rencontre de mondes opposés qui se rejoignent dans une quête commune. Telle était la volonté provocatrice du réalisateur qui se garde de nous présenter une vision pro ou anticatholique. La foi de Fried est si intense qu'elle peut paraître caricaturale. Honneur à ce Père ébranlé de raconter son histoire sans jamais regretter, sans jamais se reprocher d'avoir pêché. En revanche les scènes de confessionnal servent surtout de prétexte narratif. Autre artifice, nécessaire celui-là, le recours à la vidéo dans toutes les autres scènes. Tout d'abord par manque de moyens et aussi par volonté de faire ressortir les couleurs afin d'insister sur ce choc entre la vie intérieure et le monde. Deux entités qui trouvent dans ce film toute leur complémentarité. Un ensemble cohérent et original.

A. W. - Fiches du cinéma1451

 

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