Film Club de Cannes

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L'Asie, un vieux continent...

...riche d'avenir

L'Eunuque Impérial

Espace Miramar 24 septembre 1998 19 heures 45

(Hong Kong Chine) 1991 Scénario: Jiang Wen, Tan Zhuangzhuang. Photo: Zhao Fei. Montage: Quian Lengleng. Décor: Yang Yuhe, Yao Quing. Musique: Mo Fan.

Avec: Jian Wen (Li Liyanying), Liu Xiaoqing, (l'impératrice douairière), Zhu Yu (le prince Yihuan).

En prenant pour héros l'un des plus célèbres eunuques de la dynastie mandchoue - Li Lianying, qui servit l'impératrice douairière Cixi durant cinquante-deux ans -'l'ian Zhuangzhuang ne choisit pas la facilité. La tradition et la culture chinoises ne considèrent en effet qu'avec mépris ces châtrés qui avaient acquis un pouvoir exorbitant sans rapport avec leurs véritables compétences, étant issus de familles pauvres et incultes qui voyaient là une source de profit potentiel. Leur « sacrifice » les plaçait dans une situation supérieure à celle des lettrés, qu'ils traitaient avec arrogance.

La première qualité de I'eunuque impérial est de nous intéresser, parfois même de nous émouvoir à partir d'un personnage particulièrement peu attirant, capable de toutes les intrigues, de toutes les trahisons pour conserver et fortifier son pouvoir auprès de Cixi. Comme l'autre film de Tian Zhuangzhuang, le Voleur de chevaux, l'Eunuque impérial commence et s'achève sur la mort. Pour le voleur de chevaux Lorbu comme pour l'eunuque, la survie est au prix de la transgression de toute morale, qu'elle soit d'origine sociale ou religieuse. A cette différence près, mais elle est de taille, que le profanateur du premier film se sacrifie pour sauver son dernier-né alors que le sacrifice de l'eunuque ne peut déboucher que sur la destruction et la mort. D'où aussi la différence esthétique fondamentale dans la construction de l'espace: Lorbu était filmé en Scope dans les espaces infinis de la steppe, alors que la caméra ne cerne ici que des espaces limités, sans horizon, sans ligne de fuite.

D'où l'impression d'un film statique, un peu lourd, à l'image de son héros, renforcée par le piétinement d'une absence d'intrigue (un comble pour un film où se nouent autant d'intrigues de palais !). Le spectateur est amené à contempler un cérémonial magique ou sacré, dont bien des significations lui échappent. L'image, la mise en scène de Zhuangzhuang ne l'entraînent pas à percer un quelconque mystère mais à en observer les formes, les objets, les matériaux, les signes pour eux-mêmes. De cette gratuité du rite, coupé de toute origine historique, politique ou religieuse, découle l'horreur, la cruauté de l'Eunuque impérial, renforcées par la douceur et la monotonie du rythme calqué sur le cérémonial du palais.

Sur le film entier pèse la sauvagerie du principe de la castration, Li Lianying est de bout en bout un être de souffrance, ne pouvant pas plus aimer qu'être fidèle à lui-même: il ne tient son pouvoir que du service de l'impératrice. Souffrance qui est le lot de tous les habitants du palais et nous vaut de magnifiques scènes de cruauté froide. Ce sont d'abord les «traîtres» bastonnés à mort sans un geste, un mot de protestation (inutile), à peine quelques cris de douleur. C'est surtout l'exécution de la nièce de Li Lianying, introduite par lui auprès du prince comme favorite, et qu'il aide à jeter dans un puits en s'excusant. La jeune femme amorce bien quelques gestes qu'elle sait également inutiles, une fois la sentence prononcée par l'impératrice.

C'est bien ce sentiment de l'irrémédiable qui lie les personnages et plus particulièrement Cixi à Lianying. (comme lui, elle s'est en quelque sorte castrée, en refusant à son fils toute postérité pour garder le pouvoir même après sa mort, comme en se coupant de toute relation avec son peuple. La scène de la fuite à la campagne devant l'approche des armées étrangères (un épisode de la guerre des Boxers) est très belle malgré son didactisme un peu appuyé. C'est la seule qui humanise quelque peu Cixi, d'abord par sa recherche des «commodités», puis par la discussion avec la vieille paysanne. Celle-ci dit sa fierté, avec sa centaine de descendants, d'avoir accompli son devoir dans le cours naturel des choses, et sa sérénité devant la mort à laquelle tout le monde est voué, impératrice comme paysanne. Deux sentiments auxquels n'accéderont jamais ni Cixi ni Lianying.

J-M- CC459

TIAN ZHUANGZHUANG, cinéaste chinois (1952). Fils d'acteurs- Envoyé à la campagne en Mandchourie en 1969 puis militaire pendant cinq ans. En 1978, il entre à l'Institut du cinéma où il se forme à la prise de vues et à la réalisation. Il est très remarqué pour sa première oeuvre sur la vie de trois handicapés: Notre coin (womende jiaoluo, 1982), longtemps interdite, suivie par l'Espace d'un été (Xiatiande jingli, 1983) et l'Éléphant rouge (Hong xiang, 1983), un film pour enfants. Il est considéré comme l'un des chefs de file de la « cinquième génération ». En 1984, il tourne en Mongolie la Loi du terrain de chasse (Lieshang zhasa), une fiction très proche du documentaire dans laquelle les caractères et les images sont doués d'une grande force. Il en est de même dans le Voleur de chevaux (Dou ma Zai, 1985), tourné au Tibet. Ces deux films sont une réussite artistique mais un échec financier. En 1990 il signe Li Lianying, eunuque de l'Empereur (Dû taijian Li Lianying).

M. C. Q - Dictionnaire du cinéma. J.-Loup Passek

Après des décennies d'amnésie, le cinéma chinois se penche enfin sur l'Histoire de son pays. L'Eunuque impérial relate le règne de l'impératrice douairière Cixi, surnommée « Vieux Bouddha », qui, à sa mort, en 1908, désigna comme successeur son petit neveu Pu Yi, le dernier empereur.

Mais le cinéaste s'attarde moins sur les secousses politiques traversées par l'empire que sur les liens qui unirent l'impératrice mandchoue à son favori, l'eunuque Li Lianying. Le considérant à la fois comme son esclave et son conseiller le plus avisé, Vieux Bouddha lui confie des secrets d'Etat, mais méprise ses sentiments. Quelques scènes évoquent par leur force dramatique l'opéra chinois, tel la mort de l'impératrice lovée comme un nourrisson dans les bras de son vieux serviteur.

Par ailleurs, le maquilleur est un véritable artiste qui réussit à nous faire assister au vieillissement de l'impératrice en rendant, au fil des séquences, son visage plus mou et boursouflé.

Joshka Schidlow TRA 2223

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