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Cannes Cinéma


Passions...... Sourires

Clin d'oeil au cinéma mondial

Osama 

Théâtre La Licorne                 Mercredi  1er Octobre 2008              19 heures 45

affiche

Afghanistan/Japon/Irlande. (2003). 83’


Réalisation
Siddiq Barmak.

Images : Vahid Ramagh

Musique
: Mohammad Reza Darwishi.

Acteurs
Marina Golbahari, Arif Herati, Zubaida Sahar, Nader Khwaja, Hamida Refar, Gol Rahman Ghorbandi.


                  Une mer de burkas bleues déferle dans les rues. "Nous voulons travailler. Nous avons faim". Très vite c'est un autre cri : " Les Talibans arrivent ! " . Fuite éperdue des femmes, tirs, jets d'eaux puissants sur les manifestantes. Dès les premières images, le réalisateur nous introduit dans l'atmosphère de l'Afghanistan des talibans qui traquent, humilient, enferment les femmes. Parmi celles-ci une femme médecin qui n'a plus le droit d'exercer. Elle vit avec sa mère et sa fille. Son mari et son frère ont été tués ; eux seuls auraient pu travailler. Sans hommes comment vivre ? La grand-mère a la solution : travestir la fillette de 12 ans en garçon. Le subterfuge réussit ; Osama, c'est le prénom qu'on lui trouve, est engagée par un petit laitier et peut ainsi faire survivre la maisonnée. Mais qui dit garçon dit école coranique et prières à la mosquée. Osama vit dans la terreur d'être découverte ; les garçons la harcèlent, les talibans l'épient, seul le jeune Espandi la défend. On sent bien qu'à un moment ou un autre, la vérité éclatera et le piège se refermera sur Osama.

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Après des années d'exil Siddiq Barmak est revenu en Afghanistan. Par ce film il a voulu décrire le sort réservé aux femmes par ces " fous de Dieu ". Le visage d'Osama nous dit avec une intensité extrême la peur, la panique qu'elle ressent à chaque nouvelle épreuve. Son air traqué, son mutisme sonnent vrai car elle a vécu cette violence. Siddiq Barmak a trouvé l'interprète, Marina Golbahari, mendiant dans une rue de Kaboul. " J'ai été fasciné " dit-il " par son regard. A travers ses yeux on lisait la tragédie, la mélancolie et une immense tristesse. " Mais c'est pourtant Osama qui apporte au film des moments de poésie, des moments de respiration : elle plante ses tresses coupées dans un pot qu'elle garde près de son lit ou bien, dans les moments les plus durs, elle s'imagine sautant à la corde comme une gamine qu'elle est. Le rêve lui permet d'échapper un moment à la réalité. Mais cette dernière est là, avec l'image qui revient souvent : de gros verrous de fer d'un autre âge, symbole de l'enfermement.
La fiction sait nous dire la réalité la plus cruelle. Celle d' " Osama " est terrible. Siddiq Barmak signe ici un film sincère, poignant, engagé. La mise en scène étudiée, notamment dans la magnifique séquence du début, marque les talents prometteurs de ce cinéaste qui a reçu à Cannes une Caméra d'Or bien méritée.
Christiane Chemla

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Un cri, soudain, retentit. «Les talibans arrivent !» On l’entend  trois ou quatre reprises dans Osama. Une espèce de terreur s’empare aussitôt des femmes qui rabattent, paniquées, le tchadri sur leur visage ; ou bien elles se figent, comme à l’énoncé d’une sentence de mort. Ce sont elles, les femmes afghanes, que l’on traque de l’aube au crépuscule dans les ruelles de Kaboul dévastées par la guerre. Elles que les barbus enturbannés, régnant désormais en maîtres, interpellent brutalement si elles laissent entrevoir une cheville sous la burqa. Violence insidieuse qui agit comme un venin dans les esprits, parce que rien ni personne ne peut plus contrecarrer la loi des fous de Dieu. C’est cela que raconte Osama, le premier film afghan sur les «années de plomb» de l’ère talibane. Et mieux que ne le ferait un documentaire, l’histoire d’une fillette de 12 ans devient la métaphore, à la fois tragique et lumineuse, du destin que réserve aux femmes un système qui les harcèle, les méprise, les humilie, les nie, et, à l’occasion, les lapide… (…) Sedigh Barmak s’attache moins à concevoir un suspense, forcément artificiel, qu’à décrire, comme autant de blocs d’angoisse successifs, les épreuves que doit traverser sa petite héroïne et la perversité latente de ses «bourreaux». Ses «condisciples », qui finissent par se douter de quelque chose et la harcèlent sans pitié. Et, pire que tous, le vieux mollah libidineux qui apprend à ses ouailles, avec force détails, les ablutions rituelles les plus intimes et lorgne ce gamin à l’allure si féminine.
Le trouble qui naît de cette séquence-là, filmée en clairs-obscurs quasi fantastiques, prouve la maîtrise du cinéaste. Situé dans le décor d’une ville à la fois en ruines et ancestrale, aux couleurs immémoriales de terre et de sable, Osama n’a rien d’un tableau naturaliste. Il suffit d’une image récurrente, presque onirique - celle de gros verrous en fer d’un autre âge qui ferment les maisons où l’on confine les femmes - pour relier les délires talibans aux traditions anciennes. Derrière des faits authentiques, le cinéaste dévoile aussi tout un arrière-plan, les frustrations derrière les slogans, la cruauté très «humaine» au-delà de l’idéologie intégriste. Et même le grotesque barbare des postures officielles, dont le point d’orgue sera une absurde et terrifiante séance de tribunal populaire en plein air où sera scellé le sort d’Osama. La tension dramatique tient souvent à un simple regard : celui de cette gamine de 12 ans, issue d’une famille misérable que Barmak a rencontrée dans une rue de Kaboul où elle mendiait.
Non seulement la jeune Marina Golbahari a l’âge du rôle, mais ce qu’elle a vécu nourrit magnifiquement le personnage. Cette détresse muette, cet air traqué, ces larmes d’effroi, cette mélancolie dévastatrice, et, furtivement, ce demi-sourire d’enfant, même joués devant une caméra viennent de loin à l’évidence. Il n’y a pas de violence gratuite dans Osama. La seule torture y est morale. (…)
Jean-Claude Loiseau Télérama n°2828 - 27 mars 2004

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Voici un film pour lequel on aimerait avoir des phrases de critique de cinéma : dire que telle séquence est bien (l’ouverture en caméra subjective), ou reprocher le nombre de ralentis. C’est un film dont on voudrait qu’il soit absolument une fiction, un truc totalement imaginé avec ses personnages aimables (une petite fille déguisée en garçon) et ses ordures (les talibans).
Mais Osama est le premier film afghan depuis longtemps, il n’est là ni pour amuser ni pour cadrer avec nos exigences esthétiques. Ce qui ne l’empêche pas d’être un film passionnant. L’Afghanistan est l’exemple même d’un pays auquel le cinéma a manqué. Ses images viennent d’abord des télés et sont donc vouées à illustrer un commentaire ou à tomber dans l’oubli cathodique. Pas de place pour cette incarnation filmée qui permet d’accéder à la conscience et à l’Histoire. C’est une chose de voir que des hommes obligent des femmes, réduites à l’état de fantômes, à porter une burqa ; c’en est une autre que de se projeter une heure trente sous cette burqa et d’étouffer à son tour jusqu’à en crever. Voilà pourquoi Osama est un film aussi impressionnant que nécessaire. Et si ce n’est pas un documentaire, ce n’est rien de dire que c’est un film documenté.(…)
Sedigh Barmak, dont c’est le premier long métrage (après des documentaires et des courts), a tourné avec des comédiens amateurs, une sorte de Los Olvidados des rues de Kaboul. La petite fille mendiait (son père, estropié, avait été battu par les talibans). Les hommes qui jouent les talibans sont eux-mêmes d’ex-soldats. Ces identités en ruine se fixent à l’image, chaque regard donne la chair de poule. Barmak veut tourner un second film, sur des Afghans en exil au Danemark. Une comédie...
Philippe Azoury Libération - 24 mars 2004
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