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Centre de Documentation et de Création Cinématographique de Cannes filmclubcannes.com
Cannes
Cinéma De l'émotion, du plaisir sur grand écran...
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Printemps, Eté, Automne, Hiver...
et Printemps
Théâtre La Licorne Mardi 2 mars 2010 19 heures 45
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Corée du Sud (2003) 106'
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Sur les bords d’un lac isolé, au rythme des saisons, se déroule la fresque d’une vie, selon un parcours initiatique et symbolique. Les rencontres, les paysages et les échanges sont au centre de ce film qui tire sa force des lumières et des cadrages, comme la vie elle-même.
Presque tout le neuvième film de Kim Ki-Duk, Printemps, Été, Automne, Hiver... et Printemps se déroule dans un monastère flottant sur un lac bordé d’arbres pittoresques et de montagnes escarpées. Dans cet oasis de dépouillement et de sérénité, il nous entraîne au cœur d’un voyage initiatique qui nous envoûtera par sa beauté contemplative et la profondeur de son propos. Si l’univers du réalisateur ne nous est plus inconnu (on a pu voir l’intégralité de ses films lors de plusieurs festivals en France), il change ici radicalement de perspective. Alors que le cadre de ses œuvres précédentes se focalisait sur un univers particulier - les marginaux dans Crocodile, gros plan de l’amour avec L’île, le drame social et l’autobiographie dans Address Unknown - Kim Ki-Duk ouvre le champ de vision et le cadre de sa caméra, telle la porte donnant sur le temple du film, embrassant la vie elle-même, dans toute sa complexité et sa profondeur.

Méditation sur le cycle de la vie, Printemps, Été, Automne, Hiver... et Printemps nous conte les étapes de la vie d’un moine bouddhiste et de son vieux maître à travers cinq tableaux auxquels font écho le cycle des saisons. Chaque saison est une leçon sur la vie. Le film, tout entier construit sur la structure circulaire, s’ouvre sur le tableau de l’enfance innocente qui par ignorance découvre le prix de la cruauté gratuite. L’été succédant au printemps, la visite d’une jeune fille en quête de guérison, marque la naissance du désir pour le moine devenu adolescent. Désir amoureux qui se mue en désir de possession et provoque la séparation entre le moine et son maître, et poussera enfin le jeune homme au meurtre. L’automne annonce le retour, des années après, du jeune homme empli de haine qui après avoir expié son crime se livrera à la police, pour retourner parmi le monde des hommes accomplir sa peine et son destin. Le vieux moine, ne pouvant plus rien pour lui, choisira de quitter ce monde en s’immolant lorsque point l’hiver. Par la suite, son disciple reviendra au sanctuaire de son enfance, sous les traits d’un homme mûr (interprété par le réalisateur lui-même) ayant atteint "l’Eveil". Recherchant la paix et le dépouillement afin d’accomplir son destin, l’arrivée d’une femme portant son bébé le poussera à entreprendre un long chemin expiatoire afin de déposer une statuette sacrée sur les hauteurs d’une montagne. Il sera alors prêt à élever et instruire un nouveau moine, le cycle s’achevant, un nouveau printemps signe l’épilogue du film, nous montrant le bébé devenu moine enfant, jouant aux côtés de son maître plein de compassion. La dimension mystique de l’œuvre ne doit pas nous méprendre, il ne s’agit pas ici d’un film sur le bouddhisme mais bien d’une réflexion philosophique sur les clés de l’existence humaine. Nul prosélytisme ici, le bouddhisme, religion dominante en Corée à laquelle a adhéré un temps le réalisateur, a valeur d’exemple possible permettant de répondre aux questions que se pose l’être humain. C’est aussi un puissant catalyseur de l’apprentissage de la vie. Evitant le piège moraliste, Kim Ki-Duk filme avec justesse et retenue, rendant cette parabole simple et bouleversante à la fois. La quasi absence de dialogues et l’atmosphère de silence qui règne dans le film accentuent encore ce sentiment. Empreint de symbolique, le film n’en est pas moins ancré dans le réel. C’est là toute l’originalité et la force du film. Kim Ki-Duk est bien un "cinéaste de la cruauté" comme le démontre ses films précédents. Cette cruauté du réel, bien qu’elle se manifeste toujours à l’écran (l’enfant découvrant le serpent mort, la pénitence du jeune homme épiant son crime, la mort accidentelle de la femme mystérieuse abandonnant son enfant) est davantage intériorisée par les personnages. C’est dans la confrontation avec le réel, le monde de l’homme se trouvant ici hors-champ, que le moine parviendra à accomplir son destin et à dépasser le traumatisme des blessures de l’âme pour atteindre la sérénité.
Autre
thème récurrent dans l’œuvre de Kim Ki-Duk, l’être
féminin. Ici encore, c’est une jeune fille, venant du monde
extérieur qui viendra troubler la quiétude des deux
moines. Moins explicitement violent à l’égard de ses
personnages féminins, leur fin n’en sera pas moins tragique.
Les rapports homme-femme, souvent mis en scène comme une forme
de prostitution, sont source de conflits universels. La femme y a un
visage double : être immaculé et objet de
tentation, elle est aussi victime de l’égoïsme et de la
folie des hommes. Cette constante n’est bien sûr pas
étrangère à la société
coréenne, société
confucéenne où
la femme n’a qu’une place secondaire.
La
construction cyclique du film qui épouse le rythme des saisons
illustre la doctrine bouddhiste. En effet, dans le bouddhisme, le but
de l’existence est d’atteindre l’éveil, le nirvana et
échapper ainsi au cycle des réincarnations ou Samsâra
(qui signifie "écoulement") représentant le
passage de l’homme par l’ignorance (moine enfant), le désir
(moine adolescent) et la haine (jeune homme) qui sont les "Trois
Racines du Malsain". Cette symbolique bouddhiste est aussi
présente au travers des différents animaux qui
composent les cinq tableaux. La nature et plus particulièrement
la montagne, fait figure de personnage secondaire dans le film.
Elément essentiel dans la vie des coréens, la montagne
est un symbole puissant ; source des mythes, elle est fin et
commencement de toute choses. L’ascension du moine portant une
statuette sacrée au sommet de la montagne à la fin du
film est autant élévation spirituelle que physique. Le
monde extérieur est associé au monde physique alors que
le jardin intime représenté par le monastère
symbolise la vie spirituelle. Pour Kim Ki-Duk un équilibre est
nécessaire et même inhérent entre ces deux
pendants de l’existence. Le juste équilibre formé par
les forces yin et yang.

La
dimension spirituelle ne doit pas occulter la beauté
esthétique de cette fable expiatoire. Le réalisateur y
fait montre d’une des grandes qualités de son cinéma :
la poésie. La nature et les paysages y sont filmés à
la manière des peintres impressionnistes (on songe à
Monet), ajoutant quelques touches surréalistes (la queue d’un
chat se transforme en pinceau). Le moine adulte joué par Kim
Ki-Duk lui même, nous livre d’ailleurs un clin d’œil
autobiographie en se filmant en train de faire le portait du moine
enfant, réminiscence de ses deux années passées
à vivre de sa peintu re sur les plages Palavas-les-Flots près
de Montpellier.
Printemps, Été, Automne, Hiver... et Printemps témoigne outre ses qualités esthétiques, de la reconnaissance d’un des auteurs les plus passionnants du cinéma contemporain, ayant acquis une maturité et un sens de la narration qui font de cette œuvre un magnifique poème initiatique. Sans moralisme, le réalisateur nous pose les questions essentielles de l’existence, laissant à chacun les clés pour y répondre. Plus que dans tout autre film, Kim Ki-Duk se livre ici, et bien qu’il nous confronte à la nature tragique de l’existence humaine, il nous montre que l’une des solutions est dans l’abandon des oripeaux de la vie sociale et l’acceptation du réel y compris dans ce qu’il a de plus cruel. A la manière du moine adulte qui accomplit son destin devenant un guide pour l’autre, c’est un cri de compassion qu’il nous lance.
Biographie :Contemplatif et violent .Cinéaste coréen à l'humeur changeante, il est réputé pour ses films étranges, profondément imprégnés de son amour immodéré pour la peinture. Il est l'un des réalisateurs les plus créatifs et les plus productifs du nouveau cinéma sud-coréen. Radical, esthétique, perturbant, son cinéma, riche en métaphores, tourne autour des thèmes de la solitude, de la schizophrénie et des désirs inassouvis.
Kim
Ki- duk est né en 1960, à Bonghwa, dans la province de
Kyonsang, en Corée du Sud. Il passe son enfance dans les
montagnes avant de déménager à Séoul, en
1969, où il intègre un lycée agricole. Très
vite, il est contraint de travailler à l'usine, dès
l'âge de 17 ans. Les années suivantes sont marquées
par l’indécision : après cinq ans dans la marine, il
est tiraillé par le désir de devenir prêtre mais
son amour de la peinture le pousse à venir étudier
l'art à Paris.
C’est là qu’il entre pour la première fois de sa
vie dans un cinéma. En 1994, de retour en Corée, il
écrit le scénario de A painter and a criminal
condemned to death. L'année suivante, il est à
nouveau remarqué et récompensé pour le scénario
de Double exposure. Fort de ces différents prix, il
réalise en 1996 The Crocodile, film à la fois
poétique et violent, puis Wild Animals, sans que le
succès ne soit au rendez-vous. C’est grâce au
nostalgique Birdcage Inn mais surtout, en 2000, avec L'ile,
qu’il obtient une reconnaissance internationale. Dès lors,
sa boulimie cinématographique ne connaît plus de
limites. Au rythme d’un film par an, il multiplie les travaux aux
frontières de l’expérimental (Real Fiction) ou
plus apaisés. Parfois inégale, son œuvre arrive à
distiller une vraie poésie visuelle, au-delà des
dialogues dont son cinéma est avare. Le contemplatif
Printemps, été, automne, hiver... et printemps,
marqué par son amour mystique de la peinture, en constitue un
bel exemple, tout comme le brillant Locataires.
Reconnu par la critique internationale, Kim Ki-duk a été
récompensé à plusieurs reprises, notamment à
Berlin et Venise.Il revient en 2010 avec le drame Dream, entre
fantasme et réalité, et qui met à l'honneur
l'actrice et mannequin sud-coréenne Lee Na-Young et Joe
Odagari.
FILMOGRAPHIE : Dream 2008, Souffle 2007, Time 2006, L’arc 2004,:Locataires 2004, Samaria 2003, Printemps, été, automne, hiver… et printemps 2003 , The coastguard 2002, Bad guy 2001, Adresse inconnue 2001.